Gotz Artiste Peintre

Gotz Artiste Peintre

Mega-Interview de Gotz

       Avril 06     

                                                         

                        

"Depuis plus de 10 ans, Gotz peint l'humain et les émotions. Il sonde les profondeurs de l'Etre en quête de l'Universel, de ce qui nous relie tous. Spectateur conscient et attentif de la pièce qui se joue en lui et en chacun de nous, il utilise matières, couleurs et symboles pour lui permettre de s'extérioriser dans son art. 
Derrière les corps, il caresse le sacré et l'éternel, derrière le décor, il nous dévoile l'invisible et l'impermanent.
Dans l'intimité de son atelier de Pao Pao, il nous parle de son art, sa passion et nous invite à partager sa vision profonde de la vie, en toute simplicité"
Interview réalisé par Isabelle Ozan , Avril 2006 :
 
Dis, Gotz, parle-nous « de la matière » 
 
Gotz : Je viens de l'
assemblage de matières. Au début, je ne faisais pas de peinture proprement dite, mais je faisais du moulage et du modelage, j'assemblais des matériaux, de l'os, du cuir, du métal, de la céramique, des plumes, etc... Je travaillais sur le thème de la mort avec des ossements et des crânes.
 Mes tableaux ressemblaient plus à des reliquaires qu'à des tableaux : très lourds, très gros, impressionnants.
C'était de l'assemblage de matières et la peinture ne me servait qu'à transformer les matériaux. Par exemple je transformais le plâtre en os, le bois en marbre. Petit à petit, au fur et à mesure des années, la matière a pris de moins en moins de place dans mes oeuvres, laissant de l'espace pour la peinture.
Le travail de matière allié à la peinture donne des résultats fascinants. L'oeil prend plaisir à se baigner de lumiére et de couleurs, la matière lui offre la texture, et l'oeil devient doigt. C'est tellement plus riche.
 
 

 Aujourd'hui  j'utilise peu de matériaux dans mes tableaux, je veux arriver plus vite à l'essentiel : peindre, jouer avec les formes et les lumières parce que c'est ça qui me plaît, c'est là que je me sens bien !
 
Auparavant, quand je construisais un tableau, je savais avant de partir l'endroit où j'allais arriver. Je pouvais assembler des matériaux pour obtenir le résultat que je voulais. Ça ne m'intéresse plus du tout, j'ai maintenant une démarche  plus intuitive : je ne veux plus savoir où je vais quand je commence une toile.

    

 Le travail de matière est présent au tout début quand j'enduis la toile avec des pâtes auxquelles je mélange parfois du sable, de la sciure, des fibres ou autres matériaux et je trace des symboles, écritures, formes géométriques dans cette matière blanche.
Quand c'est sec, je commence la peinture et je ne m'occupe pas du fond. L'image représentée est indépendante du fond.

 Puis, je peins, j'enlève, je gratte, je rajoute, j'essuie,  j'utilise quantité de techniques différentes qui font que la matière sort au fur et à mesure, elle réapparaît dans l'image. Je masque certains endroits, je renforce l'effet sur d'autres.
De cette façon mon expression est plus intuitive, je ne sais où la toile va me mener, si elle conservera la couleur ou la forme d'origine... Quelle importance ? Ce n'est pas un soucis pour moi.
 
 Symboliquement, en commençant avec la matière, je représente l'Humain dans son principe de création : le fait que l'on n'arrive pas vierge sur terre, mais avec des empreintes, des marques, et une histoire, celle de nos aïeux, notre culture, notre "karma", toutes ces traces qui nous marquent et orientent notre vie.
Cette manière de travailler le fond représente cela : je ne commence pas avec un fond vierge, car l'être humain n'arrive pas vierge sur cette terre.
 
 
Isa : « des symboles dans ton oeuvre » 

Gotz : J'ai beaucoup cherché sur la symbolique des choses, dans différentes cultures, pour comprendre et tenter d'expliquer "l'ordre des choses" en assemblant les symboles comme dans un langage. J'en suis même arrivé à écrire des morceaux de textes dans des tableaux. Ce qui me gênait, c'est que les gens ne regardaient plus les tableaux mais essayaient de comprendre ce qui était écrit
 dessus
   
J'ai alors cessé de donner un sens aux symboles, de chercher à les assembler.
Il m'arrive de travailler avec la main gauche, plus maladroite mais plus "intuitive".
En ce moment, il y a beaucoup de spirales qui apparaissent dans mes tableaux, dans mon évolution personnelle et ma façon d'appréhender l'Univers, j'en arrive à la conscience profonde que tout n'est formé que de spirales : c'est une forme énergétique, ouverte, en mouvement.
Mais il y a toujours de l'écriture dans mes toiles... C'est l'histoire, la trame... l'ADN, et il y aussi des courbes, des orbes, des cercles, ils représentent  l'immensément petit et l'immensément grand. On peut y voir des globules, des spermatozoïdes, mais aussi des comètes, des planètes.
 Le symbole témoigne du contexte : l'immensément petit et grand sont liés et nous sommes le lien. En tant qu'être vivant-humain.Le lien entre toutes les cultures ; entre tous les symboles.
 
Isa :« de l'oeuvre » 

Gotz : L'oeuvre est le lien entre l'artiste et celui qui regarde. Un ami me disait, «l'art est un pont». Il a raison. Celui qui regarde est d'un côté, l'artiste de l'autre, entre les deux, l'oeuvre. On peut passer d'un côté comme de l'autre, on peut traverser grâce à l'oeuvre.
L'oeuvre témoigne d'un instant, vu, senti par un individu.
 
Isa :« du regard des gens » 
 
Gotz : Chaque personne voit des choses différentes dans les tableaux. C'est une évidence. Sachant cela, ce n'est plus ce que je veux y mettre qui est le plus intéressant mais ce que chacun y puise. Selon le regard et la disponibilité de chacun, il y voit des choses différentes.

> Dans les vernissages, on me demande parfois, après avoir apprécié un tableau ce que j'y ai mis. Quelquefois je fais une lecture symbolique du tableau, mais en règle générale, je raconte plutôt la petite histoire du tableau : ce qui m'y a amené, ce qui me plaît.Très souvent, il y a des corrélations, un écho entre leur histoire personnelle et le tableau. Alors, le regard s'éclaire...
 
Isa :« de la Polynésie et son influence sur ton art »

Gotz : La Polynésie habite tous mes tableaux, comme moi, j'habite la Polynésie, dans les couleurs et les contrastes de plus en plus forts. J'ai parfois l'impression que j'exagère dans les couleurs, mais je mets le nez dehors et je réalise que non, je n'exagère pas ! Ca pète la lumiére, ici ... C'est incroyable !
       

  Pour le tatouage, c'est pareil, les corps sont marqués, tracés, gravés, des formes et des symboles sont écrits à l'intérieur, ces effets découlent du tatouage. 


 
Isa : « Justement , parle nous du tatouage » 
 
Pendant des années, j'ai appris des tatoueurs et des tatoués, je l'ai pratiqué avec passion et c'est quelque chose d'extrêmement fort et puissant. Ça m'a mobilisé pendant plus de 10 ans.
Le fait de marquer la peau, de créer dans la souffrance, le lien sacré par rapport au sang qui ne devait pas toucher le sol... Le tatouage est un art sacré.
Photo de Isa Ozan
 Il a trois choses dans le tatouage : le tatoué, le tatoueur et l'esprit du tatouage. Par exemple, j'en ai parlé avec plusieurs tatoués : le tatouage est déjà là avant d'être fait. On répond presque à un besoin. Le motif est déjà là, mais n'est pas encore tracé. Donc on va voir le tatoueur en disant, j'aimerais un motif ici et si on a confiance, on dit «qui ressemblerait à cela», sans le guider plus.
 Le tatoueur doit apporter sa part de créativité. Au moment du tatouage, il y a une sorte de magie qui opère. Au-delà de ce que nous voulons et de ce que le tatoueur va mettre, les motifs apparaissent d'eux-mêmes, purement personnels au tatoué. C'est là que le tatoueur devient magicien : il laisse de l'espace et de la disponibilité pour que l'esprit du tatouage l'investisse et soit retranscrit sur la peau.
D'un autre côté, je considère le tatouage comme une agression au niveau de la peau. Ce qui m'intéresse, en réaction à cette agression, c'est l'épreuve. J'ai commencé le tatouage et j'ai fait de grosses parties, pour vivre des épreuves "initiatiques". Ça m'a obligé à accepter et vivre avec la douleur. Ça m'a amené à faire des choses que je n'aurais pas faites d'une autre façon. Reste de l'expérience, du "voyage" une trace inscrite sur le corps.
Si elle est belle et le met en valeur, tant mieux !
 
Ma tête me dit qu'il y a encore des endroits à compléter, le corps, lui crie «Ca suffit !», mais ce ne sont que la tête et le corps. Lorsque la magie du tatouage me reprendra un matin et que le symbole sera là, je n'aurais plus qu'à m'y soumettre et aller voir mon "Tahua Tatau". 

Isa: « de la peau » 
La peau est le lien entre l'intérieur et l'extérieur, dans la symbolique, c'est très puissant. La différenciation du "moi" et du monde. Où commence mon univers personnel et où commence le reste du monde, comment je le ressens ? La peau est le plus grand organe du corps et au niveau sensibilité, c'est l'organe le plus important, qui sent le chaud, le froid, les textures, les mouvements... Les contacts avec le monde extérieur, les caresses, les manifestations épidermiques de l'émotionnel. C'est un organe de surface, et, dans la peinture, on travaille la surface. 
 
Je suis du signe de la B
alance et souffre de l'indécision depuis toujours. L'indécision, c'est terrible, mais, en contre- partie, j'arrive facilement à accepter que deux choses antagonistes co-existent, dans le même instant, dans le même corps, dans la même pensée...
 Dans mon art, je cherche l'intermédiaire, l'équilibre (le besoin d'équilibre et de justice de la balance) : mes corps masculins ont une part de douceur et de féminité, mes corps féminins ont une part de force et de masculinité.
Quand je représente un corps, il est semi transparent. Je suis un intermédiaire, je cherche le lien entre deux extrêmes.
 
( à suivre ...)

                 


 



06/05/2006
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