Gotz Artiste Peintre

Gotz Artiste Peintre

2009 symposium de sculpture en Chine: 2 le voyage

Je suis invité en Chine, à Changchun, pour y réaliser une sculpture en bronze de 3m de haut !

                                                   

 Lien vers la premiére partie, la préparation et le concours

        

Un peu de geographie:

Changchun  est la capitale de la province du Jilin en Chine. Elle a le statut administratif de ville sous-provinciale. Sa population est de plus de sept millions d'habitants.

Elle se trouve à 43° 54' et 125° 12'. On y parle le dialecte de Changchun du groupe du nord-est du mandarin. Elle fut capitale du Mandchoukouo de 1931 à 1945.

En route pour l'aventure:                                                                              

Fin Juillet

Je suis arrivé à Changchun (l'éternel printemps) après un voyage interminable de presque 40 heures. J'y suis accueilli par une dizaine de personnes dont mon traducteur.

Apres une heure de taxi, jouant autant de l'accelerateur que du klaxone, nous arrivons dans la ville de Shuangyang on m'offre un joli bouquet de fleurs et me montre ma chambre.

 

vue de ma fenêtre

Ici l'ambiance est un peu spéciale, mélange de modernité et de moyen-age.

L'hôtel veut se la jouer luxe mais est un peu pourri. On est dans la ville et les gens conduisent au klaxone, c'est bruyant.

On ne doit pas sortir balader avant une semaine soit disant a cause de la grippe porcine, d'ailleurs demain je dois faire une prise de sang (comme les autres sculpteurs je pense) pour voir si je suis sain.

 

A part ça, ça va, très fatigué mais content de commencer cette nouvelle aventure dans ce pays si particulier.

                     

Mon traducteur, alain est un jeune étudiant très sympas qui n' arrive pas encore a remplacer le "monsieur" par "philippe" et le "vous" par "tu", mais ça viendra.

Les traducteurs Français ont tous un prenom Français donné par leur professeur, c'est drôle !

 

Premier jour

     

Les interpretes en blanc, les assistant en rouge, tout le monde est bien rangé...au fond, notre espace de travail.

 

Nous investissons les lieux après une courte célébration d'ouverture ( pas d'interminables discours de politiques, merci ! )avec levée du drapeau national et pétarade assourdissante.

 

Pelures de pétards

 

Je fais la connaissance de mes assistants: Yang, un solide gaillard et une jeune fille dont j'oublie constamment le nom, tous deux étudiants en art.

Je leur fait réaliser en argile une copie de l'épreuve que j'ai apportée, pour les occuper, leur faire apprivoiser les volumes et les courbes et juger de leurs capacités.

Chiao jia  et Yang

 

Pour ma part, je fais une liste du matos et des outils dont nous aurons besoin ces prochaines semaines.

Ces premiers jours sont les plus importants, il s'agit de ne pas merder la base, et, a vrai dire, j'ai un peu la pression, l'ayant joué, a la Tahitienne et ne sachant pas ce dont je disposerai, je n'ai rien préparé.

 

 

J'avise des piles de plaques de polystyrène et opte pour une structure "légère" en bois alors que la plupart font de solides squelettes en métal.

Moult calculs et mesures plus tard, nous commençons l'assemblage sur deux estrades de bois que j'ai fait préparer.

 

C'est super, il suffit de demander qq chose pour que des dizaines de mains s'affairent à le réaliser en un temps record, par contre, l'outillage est "cheap" et de moyenne qualité.

Bois et matériaux de recup, ¨ca doit couter moins cher de payer des gars a redresser des Fers a Béton a longueur de journée que d'en acheter des neufs.

 

Demandez et l'on vous donnera, waouh, on y prend vite goût, par contre, je ne suis pas seul sur ce boulot, pas question de merder !

J'ai la désagréable impression d'être surveillé constamment: a l'hôtel comme au boulot, des dizaines de personnes "a notre service" observent tous nos gestes et déplacements.

C'est peut-être de la bienveillance mais mon coté parano le voit d'un autre œil.

Pas question, voir impossible de sortir seul, prétextant les dangers de la grippe porcine ou d'une éventuelle agression, mon traducteur me colle du matin au soir.

Moi qui suis d'une nature solitaire, j'ai du mal à accepter cela même si Alain est vraiment sympa et agréable.

 

Premiére semaine

 

Le travail avance bien, nous apprenons à nous connaître les uns les autres et a bosser ensemble, j'ai la réputation d'être très gentil, d'une part parce que c'est vrai et d'autre part parce que  je souris et salue tout le monde, en particulier les "plus petits" (les ouvriers )

 

Toutes les journées sont consacrées au boulot, nous sortons un peu le soir et la surveillance se relâche doucement. J'ai ainsi l'occasion d'enfin découvrir la chine et en ce domaine, je peux dire que je suis gâté d'exotisme: dans la petite ville où nous sommes, il y a un marché de nuit, on peut boire et manger des tas de trucs souvent bien épicés, les gens sont souriants, aimables et honnêtes, surtout très curieux. Il est clair que la plupart d'entre eux n'ont jamais vu d'occidentaux, ils nous regardent avec curiosité, nous prennent en photos…

Nous passons des moments extraordinaires !

 

Je rigole beaucoup avec mon traducteur, c'est déjà devenu un ami et je l'appelle "maman" tant il se montre prévenant avec moi.

J'ai créé autour de moi une équipe soudée, nous œuvrons chaque jour dans la bonne humeur.

 

J'ai décidé d'une journée OFF demain et j'emmène mon équipe a la grande ville de Changchun pour visiter un parc, balader, rigoler et faire qq courses. Nous avons demandé l'autorisation aux organisateurs qui ne sont pas très d'accord (je comprends le terme Français de "chinoiseries"; impossible d'avoir un OUI ou un NON, mais ils ne sont pas d'accord).

Tant pis, on sautera dans un taxi et on verra bien ce que ça donne (ah, ces français, désobéissants, indisciplinés et fières de l'être !)

 

  La structure en bois montée,nous y collons plusieurs épaisseurs de polystyréne, un grillage a la base rempli de cailloux leste l'ensemble.

 

Le lendemain

 

Notre "tentative d'évasion" a provoqué quelques remous au sein des organisateurs, impossible de quitter l'hôtel en douce avec tout le groupe, il fallait une très bonne raison pour aller a Changchun et "promenade" n'est pas une bonne raison, je ne sais même pas si le mot a un sens en chinois, ici ,on se déplace pour faire quelque chose.

 

Mon prétexte de vouloir acheter un ordinateur n'a aboutit qu'a me faire emmener en voiture de magasin en magasin sous l'œil d'un responsable.

 

Apres deux magasins, je suis fiu et demande à rentrer.

Comprenant qu'a la première occasion nous allons filer, moi, Gé (un autre artiste français) et nos interprètes, ils nous offrent finalement de nous mener en voiture et sous surveillance (pour notre sécurité bien entendu) voir un lac tout proche.

Dommage pour les assistants qui doivent rester à l'hôtel, ils sont néanmoins contents d'avoir un jour de repos.

 

Cette ballade au lac me fit le plus grand bien, il y avait des jeux en plein air, nous avons joué au billard et bu de la bière, promené et regardé les pêcheurs et comme toujours bien rigolé.

 

    

 

Pour ce qui est de la nature, misère: les abords du lac sont jonchés de détritus et de poissons crevés (ce qui ne décourage pas les pécheurs), les bords des chemins sont maculés de merdes et de papier cul. Les gens sont adorables, souriant, serviables mais terriblement sales.

                                                        *

De retour le soir a l'hôtel, je me "sauve" avec mon confrère français et nous revenons avec deux vélos neufs.

Le vélo m'aura couté 25 euros, env. 3000 fcp, je le revendrai au magasin 10 euros avant mon départ, prix modeste pour un peu d'autonomie.

 

 Comment faire pour écouter de la "musique"sur un chantier quand on a qu'un tout petit poste? Voici la méthode chinoise...

 

Je ne tiens pas a faire des organisateurs de grands méchants, au contraire, ils sont très aimables, plein de bienveillance et font de leur mieux pour nous satisfaire, hélas pour nous, tellement responsables de leur "troupeau", ils ne veulent courir aucun risque.

 

Le communisme et son système de contrôle tel qu'on nous le présente en occident est bien présent et toutes les questions tournant autour de ce sujet restent sans réponses, il y a des mots intraduisibles qu'ils ne comprennent pas semble-t-il.

 

 

Ragaillardi par cette journée de repos, je reprends le boulot avec ardeur, le plus difficile et le plus chiant pour moi est fait, je passe a la taille , 

   

 

 

Deuxième semaine

 

Hier enfin, on a commencé à poser l'argile, après une semaine de préparation du support.

 

     

La structure est recouverte d' un film plastique puis d'un grillage sur lequel sont attachés des dizaines de croisillons de bois ( tout fait main ) sensés soutenir l'argile.

 

Rempli de joie, j'ai invité mon équipe (qui se compose en ce moment de 2 assistantes, un assistant, mon traducteur et moi-même) à une petite sortie au marché de nuit, C'est moi qui rince!

Moment de rire, de détente et de joie, nous grignotons divers plats dont certains très pimentés dans une petite gargote: calamars grillés, écrevisses, brochettes de bœuf, petits pois et bière a volonté, le tout me coutera 500 fcp (moins de 5 euros), c'est vous dire si je peux me montrer généreux, ici, je suis comme un roi !

 

  

Dans un élan insoupçonnable de sécurité, ils nous ont donné des casques que personne ne met, t'as vu le look ? 

 

Grosse, très grosse journée de boulot aujourd'hui, a poser des kilos d'agile sur ma structure de bois, polystyrène, plastique grillage et fils de fer.

 

      

                            Petit ratelier d'outils faits main...

 

 

       Li xi et Chiao jia chargées de débiter les kilos d'argile en tranches de 4 cm...au boulot les filles !

 

Demain pareil: j'aimerai que toute la sculpture soit couverte de terre demain soir pour reposer une journée avant la suite, en effet sortie prévue pour tout le monde jeudi, avec visite du parc des sculptures de Changchun et emplettes en ville.

Nous finissons tous sur les rotules, j'ai super mal au dos mais je suis heureux: l'œuvre avance bien.

 

    

            Yang qui bosse dur                           ...ainsi que moi .

 

L'ambiance est au beau fixe, il y a une super entente entre tous les sculpteurs, niveau boulot, j'en apprends tous les jours, quelle superbe expérience!

 

Le lieu de travail des "bronzeux, les sculpteurs sur marbre sont a l'exterieur.  Vue de dehors...

 

                                             Vue de dedans.

 

  

 

Brett Davis et son vol d'oies sauvages...

 

   

             Le magnifique cheval de Kamal Almualem

 

  

  Charme et sérénité indienne, Bharat Singh et sa soeur Gurjinder.  

 

Du realisme Russe, le cerf de Andrey Novicov

 

A l'hôtel, On mange très bien, TROP bien, nous prenons tous des kilos et la biére en bouteilles de 50cl ne nous aide pas à garder la ligne.

 

 

 Premiére sortie de groupe                                 

 

Apres le petit dej' on nous enfourne dans un bus direction la grande ville de Changchun, visiter le parc des sculptures. Une petite heure de trajet et nous arrivons devant le parc, le conducteur du bus qui a dépassé de peu l'entrée ne trouve rien de mieux que de faire demi-tour sur la route à trois voies, face au flot des voitures…  Emotion!

 

J'en profite pour glisser qq mots sur la façon aberrante dont conduisent les gens ici: A part qq feux, il n'y a pas de panneaux, on roule en général a droite mais selon les humeurs ou les envies de chacun, on peut faire n'importe quoi du moment qu'on klaxonne copieusement. Le danger est partout, surtout en taxi ou en bus, les piétons sont les plus menacés et en vélo, passer un carrefour s'avère un exercice périlleux.

Il y a dix ans, tout le monde (chinois) roulait en vélo, parait-il, aujourd'hui, les vélos s'entassent par millier dans de grandes casses remplacés par les automobiles. Partout on voit se construire de grandes routes de 2x3 voies, pour le moment presque vides mais qui seront gorgées d'embouteillages bruyants, à n'en pas douter, dans qq temps.

 

 

Donc, visite guidée du parc, genre "voyage organisé", montez dans les mini bus pour faire le tour, descendez ici pour la photo, mettez vous là puis là puis là puis remontez dans le bus pour la fin du tour… ouf!

 

Dans le parc se trouve un grand musée, on nous y emmène et là, miracle, on nous laisse une heure pour visiter, un peu tranquille…

 

J'y découvre un Art chinois contemporain très varié et très intéressant, pertinent, de qualité, avec de l'humour, de l'émotion, agréable surprise!

 

Saurez vous retrouver charlie au millieu de ces touristes chinois ?

 

Ré-enfournage dans le bus pour le repas de midi dans un immense restaurant de produits de la mer, très luxe, on mange comme des rois autour de tables où s'entassent des dizaines de mets.  Merci !

 

 

Retour au parc l'après midi où on nous laisse une heure et demi de semi- liberté pour visiter a notre guise ce lieu grandiose qui regroupe des centaines de sculptures du monde entier.

 

 

 Un peu court pour la visite, j'insiste pour qu'on me laisse ici, je rentrerai ce soir en taxi promis, j'ai besoin de me ressourcer en nature après dix jours en ville, mais rien n'y fait, je dois rentrer avec le troupeau, j'enrage!

                 * 

Comme on est au courant de rien, nous découvrons une heure avant d'y être emmenés que nous allons finir la soirée devant un spectacle de danses "traditionnelles". Des centaines de gens sont là sur un grand terrain, devant une scène en plein air, sous les applaudissements, le groupe des sculpteurs est accueilli et invité a s'assoir sur le devant, où se trouvent qq rangées de sièges, il pleut un peu, les parapluies fleurissent et on ne voit rapidement plus rien du spectacle au milieu des corolles de tissus imperméables.

 

"les femmes lavent les habits des militaires qui defendent le pays"

 

Quelques mots pour décrire ce à quoi nous assistons : tonitruant, kitch et conforme aux règles du parti.

Un ami sculpteur Roumain ayant vécu 20 ans sous le règne de Ceausescu qualifiera cela de "terrifiant "

 

Paroles du genre: les fleurs rouges poussent sur la colline, le rouge est une (bonne) couleur populaire...

 

Je finirai cette édifiante journée en fuyant l'hôtel en vélo, roulant seul qq heures dans la nuit pour décompresser, sinon je vais devenir mauvais.

 

                * 

 Troisième semaine

 

  

Pour le moment, ça ressemble à deux grosses mouffles géantes...

 

Une semaine de boulot, à travailler l'argile, grands moments de bonheur à enlever, remettre, enlever, remettre jusqu'à obtenir la surface parfaite, la courbe idéale, les proportions harmonieuses, avec ces instants magiques -que ne connaissent peut-être que les artistes- de symbiose avec la matière quand le geste devient évidence.

 

 

Vu le volume imposant de "l'affaire", je me fais souvent la remarque amusée que je suis dans mon œuvre, que les courbes tracées en petit quelques mois auparavant sur ma maquette sont aujourd'hui autour de moi, en plus grand, en très grand. Etrange sensation, je caresse un grand cétacé.

 

                  * 

L'organisation souhaiterait que les œuvres soient achevées le 15 pour être ensuite moulées. Délais difficile à tenir (d'autant plus que, encore une fois, nous sommes prévenus au dernier moment), J'assure -tant que faire ce peut- avoir fini ma pièce pour le 20, au mieux le 18.

On verra, je ne tiens pas a mettre mon équipe et moi-même sous pression, même si le travail se fait dans de bonnes conditions et avec bonne humeur, il reste fatigant car il exige une attention soutenue.

 

Je suis très content de Yang, il a la tête un peu dur parfois mais il fait du très bon boulot et je peux compter sur lui, je le complimente souvent sur son travail, je sens qu'il en a besoin.

Ciao jia a dû quitter notre groupe à regret, estimant à juste titre que deux assistants me suffiraient désormais, les "décideurs" l'on assignée à un autre atelier.

 

                               

Li xi est débutante et je prends grand plaisir à la former, c'est une élève patiente, attentive et elle fait du très bon travail elle aussi.

Chaque jours se tissent des liens d'amitié entre nous tous, artistes, assistants, travailleurs et organisateurs.

 

  

 

Le temps passe et l'œuvre s'affine, les journées entièrement remplies à peaufiner "la bête", la nuit quand je ferme les yeux, je vois une surface uniforme grisâtre avec ça et là des creux, des rayures que je m'applique à effacer. Je rêve en anglais, j'entends du chinois.

 

 

                    *  

Grosse trouille

 

Pour obtenir une surface parfaitement lisse, je choisi de laisser sécher un peu les pièces, qui normalement doivent être hydratées – arrosées- régulièrement. Je peux ainsi avec une grande règle corriger les défauts plus facilement qu'on ne le fait normalement en grattant doucement la pièce durant des heures.

Ça fonctionne à merveille jusqu'au milieu de la journée, puis une grande craquelure apparaît à mi-hauteur, j'attribue cela au poids excessif du haut et propose d'étayer – de soutenir avec une grande barre métallique le haut de la pièce- Yang me dit qu'elle est trop sèche, je ne l'écoute pas. Il fait très chaud et très sec, en moins d'une heure, les extrémités se dessèchent, se ratatinent, la surface devient granuleuse par endroits, il faut agir vite, très vite sinon elle risque de tomber en morceaux.

Je fais chercher des bandes de tissus mouillées pour emmailloter "la bête", on arrose copieusement puis recouvre de bâches plastiques tandis que yang restaure habilement les craquelures… ouf, journée de merde, j'ai vraiment eu la trouille.

 

Je comprends maintenant: à Tahiti avec le taux énorme d'humidité dans l'air, j'aurais eu beaucoup plus de temps, ici on a frôlé la cata. Viens le soir, avant de se quitter, Yang me fait remarquer que je devrai l'écouter parfois: "je connais cet argile et je connais ce climat" me dit-il. J'acquiesce  et remercie le grand tout pour cette leçon d'humilité, désormais je demanderai régulièrement l'avis de mon assistant sur mes choix.

 

Frictions

 

Encore qq jours, le haut est terminé, hydraté et soigneusement couvert d'une grosse "capote de plastique" ainsi que les pouces. Nous attaquons la base, je suis fiu, nous  n'avons pas pris un jour de repos depuis la sortie au parc…C'était quand déjà ? Et quel jour sommes nous d'ailleurs ? Peut être aurons nous fini dans le délai le plus court : le 15, dans trois jours.

 

L'équipe chargée de mouler les œuvres en plâtre est là depuis 2 jours et s'active fébrilement (ce sont des chinois) a la confection des moules, certains artistes râlent à raison, ils aimeraient plus de concertation avec les mouleurs qui "s'emparent" des œuvres sans écouter nos remarques, argumentants être des professionnels. Ok, peut-être, mais nous aussi nous sommes des professionnels et une mauvaise estimation, une manipulation trop hâtive peuvent vite gâcher des jours de travail.

Ce matin, ils déboulent avec fibre de verre, jerricans de diluant et "drums" de résine pour commencer les épreuves (une reproduction unique de chaque œuvre en résine qui servira plus tard pour la réalisation du bronze).

Comme chacun le sait, a part semble-t-il nos chers chinois, il s'agit de produits très toxiques qu'il convient de manipuler avec des masques appropriés, ils s'apprêtent à faire ça sans protections, au milieu de nous tous.

Concertation rapide des artistes, pas question de se laisser empoisonner ! Nous allons chacun avec nos interprètes expliquer cela aux "responsables" présent: encore une fois dialogue de sourds. L'atelier s'emplit de douces effluves chimiques. Solidarité, tous les artistes (ainsi que les sculpteurs sur pierre qui ne sont pas concernés directement par la chose) arrêtent le travail, et vont investir les locaux des responsables qui curieusement ont disparus.

La pause est bienvenue, nous nous asseyons dans les fauteuils de la salle de réunion (qui ne servait a rien jusqu'alors puisqu'il n'y a jamais eu de réunion ou de discussion), nous mangeons des pastèques dans la bonne humeur tandis que les interprètes et quelques décideurs subalternes s'activent a grand coup de bla bla bla et de téléphones portables.

Une demi heure plus tard, nous avons gain de cause mais surtout; "reprenez le travail".

 

Finalement, les résines seront moulées le 17 aout, quand nous aurons fini le travail, cela nous obligeant tous à respecter la date butoir.

 

Nous reprenons le boulot, mais quand même; aucun respect, aucun dialogue, aucune écoute, c'est fort regrettable.

 

L'après-midi même, les mouleurs s'installent a l'extérieur sous un toit adjacent et continuent leur besogne sur les moules les plus petits, ceux qu'ils peuvent déplacer. On ne les voit plus, certes, mais ça pue tout autant, d'autant qu'ils sont juste derrière la cloison où je bosse avec mon équipe. Je reste calme, je quitte les lieux en leur proposant de finir mon œuvre la nuit quand les "résineux" ne travaillent pas, en tout cas, pas question pour moi de respirer cette merde.

 

   La suite dans la troisiéme partie, cliquez ici  



27/05/2009
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